Origine et histoire du Château Ray-sur-Saône
Le château de Ray-sur-Saône, d’origine médiévale, a été remanié en style classique aux XVIIe‑XVIIIe siècles et se présente aujourd’hui en bon état de conservation ; son parc est ouvert gratuitement au public et l’ensemble est classé au titre des monuments historiques depuis novembre 2009. Perché sur un éperon rocheux dominant la Saône, le site remonte au Xe‑XIe siècle et a d’abord répondu à des fonctions défensives et de surveillance des voies de passage. Au fil des siècles, l’ancienne forteresse a subi destructions et reconstructions : très endommagée pendant la guerre de Dix Ans, elle a été rebâtie et transformée pour donner, pour l’essentiel, la physionomie du bâtiment actuel. Les fossés qui entouraient autrefois le château sont comblés et l’emplacement du pont‑levis reste perceptible.
Au XIe siècle, le village dépend de l’abbaye Saint‑Vincent de Chalon‑sur‑Saône et les sires de Ray assurent la seigneurie et sa défense ; à la fin du XIIe siècle, Othon de La Roche devient baron de Ray par son mariage avec Isabelle de Ray et s’illustre lors de la quatrième croisade, ce qui lui vaut le titre de duc d’Athènes. Au XIIIe siècle, l’abbaye cède le village aux comtes de Bourgogne, qui reconnaissent la propriété des sires de Ray vers 1270. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, l’union entre Rose de Ray et Alexandre de Marmier conduit à l’entrée de la dynastie des Marmier dans la baronnie de Ray ; la famille de Marmier possèdera la seigneurie plus d’un siècle et demi, jusqu’à la première moitié du XXe siècle.
Le château a ensuite été successivement la propriété de la famille de Mérode (1636‑1774), des ducs de Marmier‑Choiseul, puis de la famille de Salverte. Diane‑Regina de Salverte (1934‑2016) a donné le château au Département de la Haute‑Saône le 29 mai 2015 ; elle était, selon la mémoire familiale, la trente‑troisième génération à habiter le lieu. Le Département a poursuivi le remeublement du château et a préempté, lors d’une vente aux enchères en mai 2025, plusieurs meubles Salverte, dont un grand bureau à cylindre, une commode estampillée Lacroix et un bureau dit « Mazarin », provenant de la succession de la dernière propriétaire privée.
La forteresse médiévale était entourée d’une muraille et de fossés, avec une enceinte qui aurait compté jadis jusqu’à quatorze tours ; il n’en subsiste aujourd’hui qu’une partie, notamment deux tours semi‑circulaires dites tour Tranchée et tour du Guet, une poterne remaniée et une imposante tour héritée du château médiéval, restaurée et crénelée au XIXe siècle. La façade qui regarde la vallée conserve l’intégration de pans d’anciens murs et présente une succession d’ouvertures asymétriques ; une croix moderne installée par la famille de Salverte rappelle la mémoire d’Othon de La Roche. Sur la cour d’honneur, les trois corps de bâtiment forment un plan en U ; le pavillon central, relié aux ailes par des pans coupés, est souligné par un avant‑corps d’inspiration classique, réalisé d’après les plans de l’architecte Claude‑Antoine Colombot en 1805, et l’ensemble est couvert d’une toiture à la Mansart.
Les aménagements défensifs et domestiques ont été profondément modifiés : la porte de la Porterie et sa tour attenante constituent un des rares points d’accès conservés, tandis que des éléments comme la tour Patel, refaite en 1725 et rebaptisée tour Neuve, la tour d’Amour relevée au XVIe siècle et la Porterie restaurée à la fin du XVIIIe siècle témoignent des campagnes de reconstruction. Ravagé et partiellement rasé lors des conflits du XVIIe siècle, le château a été reconstruit sur ses fondations médiévales et adapté aux usages d’une demeure de plaisance, ponctuée de canonnières ostentatoires et d’aménagements destinés à la défense parfois convertis en structures d’apparat.
Le domaine a connu plusieurs états de jardin. La reconstruction au début du XVIIIe siècle s’accompagne d’un réseau de cours et d’aménagements végétaux : en 1774 le parc comprenait vignes, une vaste première cour, un parterre bordé de treillages, un jardin et une cour d’honneur. Au début du XIXe siècle, le paysagiste Jean‑Marie Morel propose une transformation en parc à l’anglaise, sur six hectares, mais le parc actuel résulte principalement d’un projet confié à Eugène Bühler dans les années 1870 à la demande du duc Raynald de Marmier et de son épouse Marguerite de Moustier. Le tracé a été modifié à partir de 1932 par le comte et la comtesse de Salverte.
L’entrée est marquée par un imposant portail de style Louis XV daté de 1734 et acquis par Hubert de Salverte ; il ouvre sur une allée rectiligne bordée de doubles rangées de tilleuls, de hêtres pourpres et d’ifs, d’où partent des allées rayonnantes qui structurent parterres et perspectives vers le château. Le parc, classé au titre des monuments historiques, contient une grande diversité d’arbres, cèdres — dont le plus remarquable, planté en 1830 par la duchesse de Marmier — tilleuls, sophoras, épicéas, pins, hêtres, sycomores, frênes, marronniers et séquoias ; une futaie aménagée vers 1880, composée d’essences rares et exotiques, dissimule le caveau des seigneurs de Ray et débouche sur l’avenue cavalière menant au bois des Dames. En contrebas, des terrasses aménagées le long des anciens remparts ouvrent sur la vallée de la Saône et sur la cité de Ray‑sur‑Saône.